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La soirée de l’Eternel continuait encore et encore.
Les corps dansaient autour de moi tels les satellites devant leur astre. J’étais le grand maître de cette soirée, et les corps célestes tournoyaient autour de moi. Tous tombaient devant moi en milles remerciements avant de se ruer sur les nouveaux plats fumants qui entraient par la grand porte. Tous se prosternaient devant la statue de leur dieu, devant moi.
Ils attendent de ma part milles et une faveur en échange d’un culte occasionnel.
Ils me jalousent secrètement, mais répugnent à porter la toge du maître. Le pouvoir absolu a un côté sale et dégoûtant.
Derrière leurs masques, derrières leurs visages décrépis et plongés dans les sauces les putrides, il n’y a en réalité que le visage d’un enfant terrorisé.
Ils sont comme les fidèles qui prient devant le ciel noir et constellé d’étoiles. Comme pour ces fidèles, c’est le néant qui accuse leurs cris désespérés. Je suis cette divinité, je suis cet artefact qui reçoit leurs libations.
Je ne suis rien.
Voici ma certitude : nous sommes tragiquement seuls face au silence et au vide. Rien ne nous attend. C’est un constat accablant, mais tellement vrai.
Je ne leur apporte que les vents fatigués du désert lancinant de ce château.
En dehors de cette vérité, tout est mensonge, tout est tromperie. La naissance est l’acte le plus courageux qui puisse exister, mais malheureusement, tous on tendance à vouloir revenir dans la matrice chaude et aveugle. Alors pour oublier la poids du néant qui pèse sur leurs frêles épaules condamnés aux vers, ils aiment et dansent.
Pauvres idiots.
Je regardai ma coupelle de vin. Elle ne pouvait me tromper. Elle ne pouvait me mentir. Chaque gorgée de ce liquide pourpre m’apportait la chaleur organique et palpitante en échange de la dégénérescence de mes organes. C’est un contrat que je passe avec la vigne. Elle ne me promet rien.
Elle annonce la solitude à venir, la vague muette qui nous traînera tous au fond des abysses.
Quant moi…
Je me levai, bousculai quelques convives, puis je me ruai vers un miroir.
Mon visage surgit.
Portais-je un masque, moi aussi ?
Ma condition de maître était inaliénable. Je n’existais que par cette entité. C’était pire qu’un masque car je ne pouvais jeter bas à terre ce monstre qui me fixait en souriant.
Et comme les dieux antiques, je ne suis que le reflet des désirs et des envies de l’Autre. Ce qui avait été autrefois un jeu, a fait de moi une tenue de chair et d’os que je ne pourrais jamais ôter.
La douleur qui me laboure les viscères et la seule marque de mon existence sur cette terre.
Le catharsis et la purgation m’échappent comme le sable d’une main.
Ma seule satisfaction sera les cris des fidèles à l’aube de leur déclin.
Je leur souhaite une excellente souffrance."
Elie Maucourant, Les Joies du Marquis in Contes du Regret, 2008.
lundi 26 mai 2008
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2 commentaires:
Le Masque de la mort rouge d'Edgar Poe se trouve en filigrane de ce passage, avec une vibration suffisamment discrète pour qu'elle soit subtile et ne s'impose pas. Ce n'est pas une influence mais une référence qui nourrit la méditation du marquis et irradie de l'intérieur du texte, faisant signe au lecteur, comme telle personne qui, dans un groupe, bien que placées à l'arrière-plan, n'en fixe pas moins le photographe avec tant d'intensité qu'elle imprègne mystérieusement l'image et en métamorphose toute la substance. Pourtant, rien ne la signale particulièrement à l'attention de l'observateur. D'où cette impression de léger frémissement qu'on éprouve à lire la méditation du marquis.
Horus
Cher Horus,
Cette reflexion sur le "background" me rappelle une anecdote. C'était au restaurant.
Te souviens tu de ce mystérieux visage japonais dont la lumière et la paleur lui conférait un aspect spectral ? Si discret mais pourtant si puissant.
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