dimanche 30 novembre 2008

Extrait de la Pièce de Théâtre les Joies du Marquis

MARQUIS DE M : Mes enfants, venez, venez !

Tout ce monde s’embrasse et se salue. Personne ne semble remarque le spectre qui ne bouge plus à présent. Les cinq figurants se placent en retrait et discutent tout, tout bas.

PRESIDENTE DE VIOR : Oh, mon cher Marquis, que le voyage fut long…Mais je me suis occupée l’esprit à rêver de la soirée de l’Eternel, à Dieu et au Christ béni. Que je suis heureuse de vous revoir, mon ami. Les nuits de ce château me marquent de façon indélébile. La piété est toujours au rendez-vous, c’est incontestable. Voir toute l’aristocratie néo-franque fêter la naissance du Christ me fascine toujours avec ardeur. Que de la piété, toujours de la ferveur ! Que les mains se joignent et que les genoux fléchissent devant le pouvoir intemporel ! Je renais, Marquis.

VASCO : Allons, allons, chère Présidente de Vior, cessez de prier, et buvez.

PRESIDENTE DE VIOR : Oh, mais qui vois-je ? Je ne vous avais pas vu au milieu de ce monde. Est-ce vous, le rat, le voleur du cosmos ? Monsieur le Duc Vasco d’Alta qui vend des enfants, cachés entre ses sacs d’épice ? Aucun système n’a échappé vos arnaques. Orion a déjà en circulation sur toutes ses planètes des cartes mémoires en cire, et vos prétendus vins deviennent verts au bout d’un mois de conservation au cellier ! Et je n’ose parler des dentiers en guimauve que vous vendez à un prix incroyable à touts les vieillards de l’univers.

VASCO : Je vois que la piété ne vous pas empêché de vous engraisser, espèce de gros dindon. Allez donc poser votre aristocratique postérieur au dessus d’une cheminée, et le jus qui en coulera sera suffisant pour m’alimenter en cierges pendant plusieurs décennies !

MARQUIS DE M : Je vois que les festivités ont bien commencées. Je vous laisserai expliquer vos différends ailleurs. Je vous en prie.

Vasco et la Présidente de Vior disparaissent.

LADY OF KALE : Marquis. Quel plaisir.

MARQUIS DE M : Ravi de vous voir, Lady of Kale.

Le Marquis tend une main à Aldovaro.

MARQUIS DE M : Sois le bienvenu, Intendant Aldovaro de Gonzague del Enrique, petit fils du défunt princeps Eduardo IV, descendant direct de Cortès IX.

ALDOVARO : Oui.

LADY OF KALE : Allons, fait un effort. Le Marquis de M. te propose de faire fi du
passé. Écoute-le. Il est bon. Mon brave mari, tu as accepté de voyager à travers tout l’univers pour arriver à ce palais franc. Il serait ridicule de faire demi-tour maintenant. Le temps du fleuret et de ta petite querelle avec ce brave Marquis est terminé. Va donc trinquer à ma santé et à celle de notre ami.

ALDOVARO : Pour trouver une coupe empoisonnée ?

MARQUIS DE M : Jamais.

LADY OF KALE : Ingrat !

ALDOVARO : Mon ancêtre, Cortès IX disait que…

MARQUIS DE M : ( en souriant férocement ) : Tends la main à ton prochain ?

LADY OF KALE : Le bout de ton fusil, oui.

ALDOVARO : La conquête du peuple Talcultèque était nécessaire.

MARQUIS DE M : Autant que l’invention de la bière sans alcool.

LADY OF KALE : Eh, ce qu’elles souffrent, mes oreilles.

ALDOVARO : Si c’en est ainsi, je vais m’en aller.

MARQUIS DE M : Prendre un verre ? Allez-y, je suis bon.

Aldovaro fait un pas en arrière et fait mine de s’en aller pour enfin se servir un verre. Lady Of Kale se rapproche du Marquis de M..

LADY OF KALE- vérifiant si son mari ne l’entend pas. : Tu m’avais traitée de divine gymnaste, fut un temps. Il y a longtemps déjà, tu m’avais prise dans une couche aux draps dorés. C’était une juste vengeance de l’affront que vous avait fait mon compagnon. Le lâche, il vous donnait des leçons, vous traitant de pleutres, se pavanant que chaque jour que Dieu nous offrait qu’il était le fier descendant de Cortès IX le conquérant de l’ancienne Couronne de Séville, celui qui a écrasé l’empire Talcultèque. Tu m’avais prise, oh, oui… Je m’en souviens. Justice fut alors faite à toi et au Duc Vasco D’Alta.

MARQUIS DE M : Te rappelles-tu du petit mot que j’avais laissé sur votre table de nuit ?

LADY OF KALE : Bien sûr. Il était écrit :« Surveille tes jardins où le brigand pourrait bien être roi à la place du roi. » Dieu merci, il n’a jamais vraiment su que c’était toi. Les ombres du doute ne furent que ses seuls certitudes.

MARQUIS DE M : Oui. C’était un temps béni, non ?

LADY OF KALE : Bien changé, je crois.

MARQUIS DE M : Allons discuter plus calmement, dans un endroit plus…secret.

Le Marquis de M et la Lady of Kale disparaissent. Aldovaro lève son verre.

ALDOVARO : Quelle victoire ! Que vont donc faire ces deux infâmes ? Je n’ai pas le courage de les suivre, vraiment. En réalité, cela ne m’intéresse déjà plus. Ma foi, il y a du vin et d’autres paires de seins, ici. Néanmoins, restons sur nos gardes, mon bon Aldovaro. Il va me falloir faire goûter tout mes plats discrètement. Je ne tiens à finir mort, ce soir.

Extrait de l'Ouverture, in les Contes du Regret.

"Vienne a encore valsé. J’en ai eu la nausée. Je suis monté à Berlin.
Je dors dans un taudis. A côté de mon logis, deux drapeaux se regardent fixement. L’un est rouge sang. L’écarlate puissance de l’étendard est marquée de deux signes jaunes d’or. Ils sont la porte d’un univers promis et tranquille, un monde lointain et parfait. J’entends Schubert murmurer doucement entre les replis de tissu.
En face, un autre drapeau. Fort. Fier. Il hurle comme l’orage. Il me promet des choses. Je n’ai qu’à sortir dans la rue pour les vérifier. Il est presque arrogant. Rageur. Le velours tricolore rit. Il se moque des promesses futiles du rêveur écarlate. Il m’invite à le rejoindre. Lui n’a pas peur. Il me fait écouter des chœurs d’hommes virils et courageux, main sur la poignée de leurs épées.
J’ai faim et froid.
Je descends dans la rue pour les rencontrer. Ils sont l’incarnation des promesses du drapeau fier. Ils me donnent une pièce, du pain et un verre de bière. Puis ils enflamment Berlin de grands feux de joie. Les cris viennent jusqu’à ma fenêtre qui en devient aussi claire que du cristal."